Note d'opportunité
Aujourd'hui, un Luxembourgeois qui écrit un message dans sa langue se bat contre son propre téléphone. Ce dossier présente un clavier qui travaille pour lui : gratuit, hors ligne, et adossé au dictionnaire officiel de la langue.
Document public · septembre 2026 · version 11.6.0 de l'application
Destiné au ministère de la Culture, au Zenter fir d'Lëtzebuerger Sprooch
et au Commissariat à la langue luxembourgeoise
La proposition
Faire du Lëtzebuergesch Clavier un outil public, pour que chacun puisse écrire sa langue sur son téléphone aussi facilement qu'il y écrit le français ou l'allemand.
L'application existe, elle fonctionne, et elle s'appuie sur le dictionnaire officiel de la langue. Ce qui lui manque est ce qu'un projet individuel ne peut pas se donner à lui-même : être connue de ceux à qui elle sert, validée par des linguistes, et maintenue au-delà de la disponibilité d'une seule personne.
Une personne écrit un message en luxembourgeois. Son clavier souligne chaque mot en rouge, transforme Haus en Haut, lui propose de l'allemand ou du français, et lui fait perdre le fil de sa phrase. Au bout de quelques mots, beaucoup font la même chose : ils basculent en français ou en allemand, parce que c'est plus rapide.
Le clavier ne fait pourtant rien d'anormal : faute de dictionnaire luxembourgeois à jour, il applique celui de la langue voisine qu'il connaît. Ce n'est ni un problème d'attachement à la langue, ni un problème de compétence, ni la faute d'un éditeur : c'est une ressource linguistique qui manque à l'endroit où elle servirait. Le luxembourgeois s'écrit aujourd'hui surtout dans des messages, et c'est précisément là qu'il n'est pas équipé, alors que le français et l'allemand le sont pleinement, sur le même appareil, dans la même conversation.
L'objectif de ce dossier est simple : permettre aux gens d'écrire leur langue sans se battre contre leur téléphone. Tout le reste en découle.
Le pays mène depuis 2018 une politique linguistique dense : une loi dédiée, un centre de langue, un commissaire, un plan d'action de cinquante mesures, cinq outils numériques publics. Elle produit des résultats que le recensement montre noir sur blanc : entre 2011 et 2021, le nombre de personnes déclarant le luxembourgeois comme langue principale a augmenté, de 265 731 à 275 361.
Ce que le même recensement montre aussi, c'est la vitesse à laquelle le pays change autour : la population est passée de 512 353 à 643 941 habitants en dix ans, +25,7 %, dont 131 588 nouveaux arrivants qui, pour la plupart, ne connaissent pas la langue en arrivant. Rapportée à ce total, la part du luxembourgeois recule mécaniquement, de 55,8 % à 48,9 % comme langue principale.
L'enjeu n'est donc pas de convaincre : c'est d'atteindre beaucoup plus de monde, pour un coût par personne beaucoup plus faible. C'est particulièrement vrai pour les Luxembourgeois de première génération, citoyens nés à l'étranger et électeurs, chez qui la pratique du luxembourgeois comme langue principale est de 45,5 %, et que le STATEC identifie comme le groupe où l'enjeu d'intégration et de participation démocratique se joue.
Un clavier travaille précisément à cette échelle-là. Il ne demande ni cours, ni inscription, ni temps dédié : il agit dans un geste que tout le monde fait déjà, des dizaines de fois par jour, et son coût par utilisateur supplémentaire est nul. C'est le complément naturel d'une politique qui doit désormais toucher deux fois plus de gens qu'il y a quinze ans.
Le luxembourgeois est mieux outillé que beaucoup de langues comparables. On peut consulter un mot, faire corriger un texte, s'entraîner à l'orthographe, dicter, apprendre la langue. Il reste un usage, le plus fréquent de tous, où la personne est encore seule :
Comprendre un mot
lod.lu : environ 2 750 consultations par jour ExisteCorriger un texte
spellchecker.lu : environ 6 000 utilisateurs par jour, bientôt en application ExisteApprendre l'orthographe
orthotrainer.lu : plus de 400 exercices, préparation au certificat ZLO ExisteDicter et faire lire
sproochmaschinn.lu : Schreifmaschinn et Liesmaschinn, version 2.0 ExisteApprendre la langue
Lëtzebuergesch Léieren Online : plus de 70 000 apprenants ExisteÉcrire au quotidien, sur son téléphone
SMS, WhatsApp, courriel, formulaires administratifs À venirLes autres outils sont des destinations : il faut y aller, consulter, revenir à son message. Cela suppose de savoir qu'ils existent, et d'interrompre ce qu'on était en train d'écrire. Le clavier, lui, est déjà ouvert : il accompagne chaque message, dans chaque application, sans que personne ait à y penser. C'est aussi le seul endroit où la langue se produit au lieu d'être consultée.
Ce n'est pas une idée qui cherche une politique. Deux textes publics du ministère de la Culture disent exactement cela, et l'un décrit ce clavier sans le nommer. Le ministre, d'abord :
« Nous nous sommes fixé pour objectif de positionner clairement et visiblement la langue luxembourgeoise dans l'espace numérique. Avec ces outils, nous faisons un grand pas en avant pour l'accessibilité, la qualité des services et le plaisir d'apprentissage. »
Eric Thill, ministre de la Culture, 8 décembre 2025
Puis le livre blanc Culture et IA, publié le 11 novembre 2025. Sa section sur la langue luxembourgeoise pose le risque : les intelligences artificielles, entraînées sur les grandes langues, « tendent à invisibiliser les idiomes moins représentés en ligne ». Puis elle nomme la réponse :
« L'intégration du luxembourgeois dans les modèles d'IA ne relève pas seulement d'un impératif technique, mais d'un choix politique et culturel. Elle suppose la création de ressources linguistiques adaptées, l'ouverture de bases de données spécifiques, et le soutien à des projets qui favorisent l'interaction en langue nationale avec les outils numériques. »
Ministère de la Culture, Culture et IA, livre blanc, novembre 2025
« Le soutien à des projets qui favorisent l'interaction en langue nationale avec les outils numériques » : c'est la définition d'un clavier. Le même document réclame d'« adapter les interfaces aux réalités linguistiques locales », et la stratégie nationale sur l'intelligence artificielle demande au secteur public de « soutenir les initiatives liées au développement de modèles dédiés à la langue luxembourgeoise ».
Trois autres textes vont dans le même sens sans parler de langue : la stratégie du gouvernement numérique privilégie « les solutions européennes et open source, qui ne sont pas soumises à des législations extraterritoriales » et consacre un chapitre à l'inclusion numérique ; la stratégie des données encourage l'usage des données ouvertes, dont ce clavier est un cas d'usage mesurable ; et le rapport d'activité 2025 du ZLS annonce pour 2026 un portail « Lëtzebuergesch », qui réunira les ressources de la langue en un seul endroit.
C'est d'ailleurs l'une des particularités de cet objet : il relie deux politiques qui se croisent rarement. Il sert le plan d'action pour la langue, côté Culture, et il répond, côté Digitalisation, aux critères du numérique public : open source, sans dépendance à un fournisseur, sans aucune donnée collectée.
Un clavier open source, dont les données et le code appartiennent au domaine public de la réutilisation : sa disponibilité ne dépend d'aucune feuille de route extérieure. Il complète les intégrations natives que le ZLS négocie par ailleurs, sur un calendrier que le pays maîtrise.
Les modèles de langue apprennent de ce qui existe en ligne. Une langue peu écrite dans le numérique devient invisible pour eux, puis progressivement pour ses propres locuteurs. Outiller la frappe, c'est produire du luxembourgeois écrit qui alimentera les corpus de demain.
Le code est sous licence MIT et les données sont publiques : l'État peut à tout moment reprendre le projet, le confier à un autre prestataire ou l'internaliser au ZLS. Aucun verrou, aucune dépendance, aucun contrat de sortie à négocier.
Le clavier ne double aucun outil du ZLS : il les prolonge. Il affiche le LOD, applique l'orthographe de l'Orthotrainer, et pourrait à terme appeler la Schreifmaschinn pour la dictée. C'est le point d'entrée mobile de tout ce qui a déjà été construit.
Gratuit, sans compte, sans connexion, sans donnée à déclarer : aucun obstacle à l'introduction dans une classe ou dans un cours de langue pour adultes. Les 70 000 apprenants du LLO écrivent, eux aussi, sur un téléphone.
La même exigence que celle appliquée à l'Orthotrainer : contrastes tenus, aucun texte sous 16 px, cibles tactiles dimensionnées. L'interface a été réglée avec une utilisatrice de 74 ans comme référence.
Le Lëtzebuergesch Clavier est un clavier Android publié, gratuit, sans publicité et entièrement hors ligne. Il propose les mots luxembourgeois pendant la frappe, place les accents et les majuscules, et cesse de souligner la langue en rouge dans les autres applications.
Les mots qu'il propose ne sortent pas de nulle part, et c'est ce qui le distingue d'un clavier générique : il s'appuie sur le dictionnaire officiel de la langue. Les jeux de données du Lëtzebuerger Online Dictionnaire, publiés en CC0 par le ZLS sur data.public.lu, fournissent plus de la moitié de tout ce que l'application embarque. Ce que le clavier suggère est donc ce que le dictionnaire du pays atteste.
| Jeu de données du ZLS | Ce que le clavier en fait |
|---|---|
| LOD : Linguistesch Daten CC0 1.0 |
Les traductions françaises affichées dans les jeux et le dictionnaire embarqué, les phrases d'exemple, les 19 943 familles de formes qui réunissent Haus et Haiser sur une même fiche, et les 26 250 renvois vers l'article d'origine sur lod.lu. |
| LOD : Index vun der Sich-Funktioun CC0 1.0 |
103 688 graphies, formes fléchies comprises. C'est ce qui fait passer le clavier de 38 442 formes reconnues à plus de 123 000, dont 84 855 qu'il peut proposer et 26 424 qu'il accepte sans jamais souligner, y compris les formes de la règle d'Eifel. |
| Méisproochegen Iwwersetzungskorpus CC0 1.0 · Tech-in-GOV 2025 |
Banc d'essai, jamais versé à l'entraînement : 10 038 segments inédits, 135 343 frappes simulées. C'est lui qui permet de mesurer la qualité du clavier sur des phrases qu'il n'a jamais vues. |
| LOD : Flexiounstabellen CC0 1.0 |
Évalué, en attente : 19 072 de ses 19 074 formes sont déjà connues du clavier. Aucun gain lexical, mais la base d'un futur tableau de conjugaison dans la fiche d'un verbe. |
Les cinq autres jeux du ZLS ne sont pas utilisés, et la raison est documentée dans le dépôt : l'API publique est écartée par conception (le clavier n'a aucune permission réseau), les deux jeux de reconnaissance vocale sont hors périmètre, et les deux jeux « hackathon » ne déclarent aucune licence.
C'est la politique d'ouverture du ZLS qui a rendu ce clavier possible. En publiant le LOD en CC0, le ZLS a permis qu'un tiers en fasse quelque chose sans rien demander à personne, et c'est exactement ce qui s'est passé. La proposition de ce dossier est de donner à ce résultat une suite plus solide qu'une initiative individuelle.
Toutes les mesures ci-dessous portent sur les fichiers réellement livrés dans l'application, évalués contre les 10 038 segments du corpus de traduction du ZLS que le modèle n'a jamais vus, soit 135 343 frappes simulées. Le script est public et rejouable.
| Mesure | Valeur | Lecture |
|---|---|---|
| Couverture lexicale | 93,6 % | Des mots écrits par un traducteur professionnel, le clavier en connaît plus de neuf sur dix |
| Contexte reconnu | 87,8 % | Il a une proposition pertinente à faire pour près de neuf frappes sur dix |
| Mot juste dans les trois premiers | 18,1 % | Près d'une frappe sur cinq peut être remplacée par un simple appui |
| Formes reconnues | 123 265 | Le dictionnaire luxembourgeois du projet AOSP, de 2013, en compte 71 255 |
Où en est le projet. L'application est en test fermé sur Google Play et distribuée en APK direct ; elle n'a pas encore de base d'utilisateurs à présenter. Plusieurs captures du guide intégré restent à refaire. Ce qui est solide aujourd'hui, c'est le moteur, les données et les mesures ; ce qui manque, c'est la visibilité et les moyens d'atteindre les gens.
Trois chantiers, dans cet ordre. Aucun ne consiste à construire le produit : l'application existe, elle est publiée et elle fonctionne.
Le détail (livrables, dépendances, ce qui peut démarrer sans attendre le reste) est dans la feuille de route. Aucun montant n'y figure : le coût dépend de la forme retenue, et les trois voies possibles sont décrites à la section 6.
Le Lëtzebuergesch Clavier est aujourd'hui un projet personnel indépendant, développé par Médhi Famibelle, publié sous licence MIT. Il n'est adossé à aucune société et ne poursuit aucun objectif commercial : il n'y a ni publicité, ni achat intégré, ni collecte de données à monétiser.
Cette situation simplifie les choses : il n'y a rien à acheter. Le code appartient déjà au domaine du réutilisable. Trois voies sont ouvertes, et le choix appartient entièrement à l'institution qui s'en saisira :
Le rapport d'activité 2025 du ZLS en décrit plusieurs, sans qu'il ait fallu inventer un cadre pour chacune :
Autrement dit, le ZLS collabore déjà avec une commune, une association et un particulier. La question posée ici n'est pas d'ouvrir une voie nouvelle, mais d'emprunter une voie qu'il a déjà pratiquée trois fois.
Et si l'auteur s'arrête ?
Le code est sous licence MIT et les données sont publiques et régénérables par un script versionné. N'importe quel prestataire peut reprendre le projet en l'état, sans négociation ni rachat. C'est précisément l'inverse d'une dépendance.
Pourquoi les grands éditeurs ne le font-ils pas ?
Ils le font, à la mesure de ce qu'un catalogue mondial permet : le dictionnaire luxembourgeois du projet AOSP, dont héritent les claviers Android, compte 71 255 formes et date de 2013. Maintenir une ressource linguistique à jour suppose des lexicographes qui travaillent la langue au quotidien, ce qui existe au Luxembourg, au ZLS, et nulle part ailleurs. C'est moins une question de volonté que de division du travail : les plateformes fournissent le socle, les institutions nationales la matière.
Cela fait-il doublon avec spellchecker.lu ou l'application à venir ?
Non : ce sont deux couches différentes. Le Spellchecker corrige un texte déjà écrit, dans son propre outil. Le clavier agit au moment de la frappe, dans toutes les applications du téléphone. Les deux se complètent, et le clavier peut parfaitement s'aligner sur les règles du Spellchecker plutôt que d'en proposer d'autres.
Un clavier voit tout ce que l'utilisateur tape. Quel risque ?
L'application ne demande aucune permission réseau : techniquement, rien ne peut sortir de l'appareil, et cela se vérifie dans le code publié. Seuls les mots déjà présents dans le dictionnaire alimentent le compteur de progression, et les champs de saisie sensibles désactivent complètement ce suivi. Aucun compte, aucun serveur, aucune télémétrie : le traitement de données personnelles est nul, ce qui simplifie considérablement toute introduction dans une administration ou un établissement scolaire.
Le clavier prend-il position sur des sujets sensibles ?
Le corpus est journalistique, donc il contient tout ce que la presse écrit. L'application ne propose jamais d'elle-même de vocabulaire politique ou religieux dans son mot du jour ou dans ses jeux. Ces mots restent tapables, suggérés et corrigés, car un clavier qui refuse des mots est un clavier cassé. La règle est écrite, testée automatiquement, et vérifiable.
Et la licence des données ?
Tout ce qui vient du ZLS est en CC0, donc sans contrainte. Le modèle de prédiction s'appuie en plus sur deux corpus de l'Université du Luxembourg, LuxAlign et LETZ, dont l'un porte une clause non commerciale. Si une diffusion commerciale devenait souhaitable, une variante entièrement CC0 a déjà été mesurée : elle est techniquement possible, au prix d'environ quatre points de qualité de prédiction. Le chiffrage existe, la décision est documentée.
Une rencontre d'une heure suffit, autour d'une démonstration sur téléphone : l'application peut être installée en séance. Pour se faire une idée sans attendre, un simulateur en ligne reproduit le clavier dans un navigateur, sans rien installer.
Médhi Famibelle · medhi.famibelle@gmail.com
Échanges possibles en français, en anglais ou en allemand.
| Nom | Lëtzebuergesch Clavier |
| Version | 11.6.0 (septembre 2026) |
| Plateforme | Android 5.0 et plus. Portage iOS proposé en chantier 3, les deux plateformes sont à parité au Luxembourg |
| Prix | Gratuit, sans publicité, sans achat intégré |
| Licence du code | MIT, github.com/famibelle/LuxKeyb |
| Données personnelles | Aucune collecte, aucune permission réseau, politique de confidentialité |
| Sources de données | LOD et corpus de traduction du ZLS (CC0) ; LuxAlign et LETZ (Université du Luxembourg) ; Lexique 3.83 pour le français |
| Dictionnaire | 123 265 formes luxembourgeoises, 88 883 traduites, plus 125 348 formes françaises |
| Modèle de prédiction | 27 746 contextes, dont 17 798 à deux mots |
| Fonctions | Suggestions bilingues, correcteur système, disposition QWERTZ, dictionnaire embarqué avec exemples du LOD, six jeux, progression en huit niveaux |
| Disponibilité | Test fermé sur Google Play et APK direct |
| Auteur | Médhi Famibelle, projet indépendant, sans structure commerciale |
Les captures d'écran et les éléments réutilisables par la presse sont réunis dans le dossier de presse. Le détail des livrables est dans la feuille de route, la méthode de mesure dans la fiche technique, et les conditions de réutilisation des données dans la page licences.